
C'est aujourd'hui pour certains. Cela fait une semaine pour d'autres. C'est la période des cris et des larmes pour beaucoup. Des retrouvailles pour d'autres. De déchirement pour tous les parents.
J'aimais la rentrée. Particulièrement le premier jour.
Cela commençait de bonne heure. Dès août, où je bassinais mes parents pour qu'on aille faire les
courses de la rentrée, dans le supermarché du coin. Assurément, c'était un moment de joie pour moi. Arpenter les rayons pour trouver tous les ustensiles nécessaires pendant l'année et écrits sur ma liste. Il y avait les incontournables crayons, les cahiers de couleurs différentes, les règles. Le
cahier de texte tenait une place prépondérante. Il fallait qu'il soit parfait. C'était mon image vis-à-vis de mes compagnons de classe. C'est lui qui montrait ce que j'aimais, lui qui allait être lu par mes copines, celles qui me plaisaient. Il me fallait bien une quinzaine de minutes pour faire ce choix si cornélien. Une fois celui-ci élu, il y avait un autre incontournable:
le compas! C'était l'instrument sur lequel mes parents m'autorisaient à me faire plaisir. J'adorais cet objet, et je préférais avoir un beau compas qu'un beau stylo tout neuf. Ses deux grandes jambes me permettaient des cercles et des précisions inégalés. J'admirais cela!
Le retour à la maison répondait à un rituel lui aussi. Immanquablement, je courais dans ma chambre les bras chargés. Et
je déballais tout, les étalais devant moi. Tous ces crayons et cahiers m'accompagneraient le long de mon année scolaire. Il fallait que ce soit mes amis. J'ouvrais mes crayons un à un et j'écrivais mon prénom avec. Il fallait que j'évacue la possibilité de m'être trompé dans le choix de ceux-ci. Il fallait que
mon prénom soit bien écrit. C'était un gage de réussite. Puis, le compas aussi avait le droit à son cercle. Je reniflais les couvertures pour mes cahiers. J'aimais cette odeur. Ce neuf. Alors à chaque matière j'attribuais une couleur. Dans ce tirage, les mathématiques étaient les mieux loties.
Puis vient le jour tant attendu. Le jour de la rentrée, rempli d'excitations et de craintes: mes copains seraient-ils tous là? Qui sera mon maître? Sera-t-il gentil?
Et ces premières minutes de classe où on découvre ses compagnons d'un an, sa classe, où on cherche de l'assurance dans ces crayons qui sentaient encore le neuf. Et alors, je commence à écrire mon nom sur chaque première page de chaque cahier. Cette première page devait, elle aussi, être
parfaite. C'était souvent la seule...
Et puis, ce temps tant attendu, tant redouté est, comme l'odeur du neuf, vite évaporé. Place aux
connaissances et aux apprentissages.
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