Mercredi 7 février 2007
A cette heure, j'ai peur et j'ai envie de crier.C'est différent de ce début de semaine où ce furent les larmes qui étaient d'actualité. Mais après tout, on essaye de se faire une raison. Quand on ne voit plus, on n'entend plus, on ne marche plus depuis des mois, Il ne reste guère que peu de sens pour se raccrocher au sens de la vie. Alors, quand les médecins décrètent d'installer une poche pour nourir uniquement à travers un mélange d'eau et de glucose, quand on perd le goût, que reste-t-il? Même si le cerveau est toujours pleinement actif, comment apprécier la vie? Comment se battre pour elle?
Non, aujourd'hui, j'ai peur. Peur demain, de devoir me confronter à la souffrance de mon père. Même s'il semble relativement bien réagir, je sais la sensibilité qu'il possède et les difficultés qu'il doit éprouver à accepter.
Peur aussi de voir la mort en face. J'ai toujours refuser de voir les personnes sur un leur lit de mort. Je n'aime pas l'idée de devoir garder cette image en moi, comme un traumatisme alors que celles que j'ai jusqu'à présent sont des images de vie. Parfois de souffrance, certes, mais de vie. Demain, je serai certainement le seul de sa descendance à ne pas aller le voir avant qu'on ne l'enferme. Le seul à ne pas lui dire un "dernier au-revoir", mais c'est plus fort que moi. Je n'ai pas besoin de voir une pierre tombale pour penser à quelqu'un, je n'ai pas besoin de voir le corps raide pour réaliser.
Que ferai-je demain? Je ne sais pas.
Et j'ai envie de crier contre la bétise humaine. Celle qui fait, que même dans cette période difficile, un frère critique l'autre. Les différends familiaux n'ont-ils pas de trève? C'est ce que je crains le plus pour mon père. Le lien familial qui se rompt avec la descente du cerceuil dans le tombeau.
Vivement demain soir.
Vivement vendredi pour que le bonheur renaisse dans cette semaine qu'il y a trois jours encore, j'attendais tant...
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